Après une bonne nuit de sommeil (presque 12h quand même !), nous avons pris le tramway dublinois pour rejoindre
Heuston Station. Cette gare est située en face de l'usine Guiness, l'une des grandes attractions touristiques de Dublin. Cependant, ni Flo ni moi ne sommes amatrices de Guiness. Nous avions prévu
une visite un peu moins légère, celle de Kilmainham Gaol. Si vous vous rendez à Dublin, c'est vraiment quelque chose à voir. Le prix est dérisoire, 2,10 euros pour la visite du musée + une visite
guidée de la prison.

Kilmainham Gaol fut construite en 1796, dans un contexte de réflexion sur les conditions carcérales. Auparavant,
hommes, femmes et enfants étaient regroupés, et les prisonniers ressortaient souvent pires qu'à leur entrée. Les vieux apprenaient aux jeunes comment mieux s'y prendre pour commettre
des crimes, les femmes passaient de sales quart d'heure, bref, une joie de chaque instant.
Les concepteurs de Kilmainham Gaol désiraient faire de cette prison, alors à l'extérieur de la ville, un modèle. Chaque cellule ne devait contenir qu'un seul prisonnier, mais cela ne se produisit
jamais. Durant la Grande Famine (1845-1852), les prisonniers étaient jusqu'à 8 ou 9 dans des cellules minuscules, et dormaient jusque par terre, dans les couloirs.
En effet,
prévue initialement pour les criminels "basiques", Kilmainham Gaol fut très rapidement une prison où furent enfermés des prisonniers politiques. En 1798, seulement deux ans après l'ouverture de
la prison, une révolte nationaliste eu lieu en Irlande. Parmi les prisonniers, Théobald Wolfe Tone, un leader nationaliste protestant qui fut condamné à mort suite à la rébellion.
En 1802, ce fut Robert Emmett, qui avait cru convaincre Napoléon d'envahir l'Irlande qui fut exécuté à Kilmainham Gaol. Une chambre porte son nom, celle où les condamnés à mort
passaient leur dernière nuit. Elle est plus vaste, et sans doute un peu plus confortable que les autres, mais s'y retrouver n'était pas une marque de faveur.
Kilmainham Gaol était aussi l'un des centre de transit pour les prisonniers condamnés à l'exil en Australie ou en Tasmanie, ce qui augmenta la surpopulation de la prison.
Au moment de la Grande Famine, qui tua environ un million de personnes en Irlande, et provoqua l'exil d'un million et demi d'Irlandais, les gens allaient jusqu'à voler pour aller en
prison, où ils espéraient être nourris. Les autorités, pour diminuer ce phénomène, réduirent au minimum les rations de nourriture des prisonniers.
Les condamnés à mort furent d'abord publiquement exécutés (par pendaison), depuis le balcon qui surplombe l'entrée de la prison. Par
la suite, les mises à mort se déroulèrent dans une cour fermée, à l'abri des regards.
Parmi ces personnes exécutées dans la cour, seize des leaders de l'Easter Rising de 1916. Cette rébellion était menée par Patrick Pearse, qui proclama l'indépendance de l'Irlande. Après
seulement quelques jours de combats, des dégâts énormes et des centaines d'arrestations, les Britanniques mirent fin à cette révolte qui avait surtout eu lieu à Dublin. La répression fut sévère,
ceci d'autant plus que les rebelles avaient fait appel aux Allemands, alors en guerre contre la Grande Bretagne. L'un des couloirs de Kilmainham Gaol contient des cellules portant le nom de
certains des leaders exécutés, tels que Patrick Pearse ou encore Joseph Plunkett. Ce dernier épousa sa fiancée seulement quelques heures avant son exécution. La cérémonie eut lieu dans la
chapelle de la prison, avec un prêtre et quelques soldats.

Sur les lieux où les seize leaders, qui allaient très vite devenir des martyrs aux yeux de la population irlandaise, furent mis à mort, une plaque commémorative à été érigée. Près de l'une des
portes de la cour, une croix rappelle la mort de James Connolly, fusillé assis sur une chaise car incapable de tenir debout du fait de la gravité de ses blessures. Un drapeau irlandais flotte
également dans cette cour. Le vert figure la communauté catholique, le orange les protestants unionistes, et le blanc la volonté d'amener les deux à une coexistence paisible.


Un homme très important échappa à la mort, Eamonn de Valera. Quelques jours avant
son exécution, les autorités britanniques apprirent que, bien qu'ayant été élevé en Irlande, il était de nationalité américaine. Dans un contexte de guerre mondiale, l'Angleterre ne pouvait se
permettre de risquer de froisser les Etats-Unis en exécutant l'un de ses ressortissants. De Valera vit alors sa peine commuée en prison à vie. En 1917, la prononciation d'une amnistie générale
lui permit de sortir de prison. Mais il n'en avait pas finit pour autant avec la politique. De Valera pris part à la guerre d'indépendance (1919-1921), puis à la guerre civile (1922-1924),
en tant que leader des opposants au Traité de Londres de 1921. Cela lui valu un deuxième séjour à Kilmainham Gaol, dans l'aile est, inaugurée en 1862, et qui est beaucoup plus lumineuse que le
reste de la prison. Sa cellule n'est pas très loin de celle où fut enfermée la fameuse fiancée de Joseph Plunkett, qui avait également pris partie aux côtés des opposants au Traité de
Londres.

En 1924, la guerre civile pris fin, et Kilmainham Gaol cessa d'être une prison.